État de la diversité des plantes cultivées et besoins d'action pour le futur
Discrètes, et donc souvent oubliées, mais déterminantes pour la sécurité alimentaire et l’adaptation aux changements climatiques, les ressources génétiques végétales sont un véritable enjeu d’avenir. La Suisse en a pris conscience très tôt et dispose depuis déjà plus de 25 ans d’un plan d’action national. Mais quelle est son efficacité réelle ? Présente-t-il des lacunes qu’il faudrait combler pour que la Suisse soit assurée de pouvoir s’appuyer, demain comme aujourd’hui, sur des fondations génétiques solides ?
CHRISTINA KÄGI ET CHRISTIAN EIGENMANN
Les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture (RPGAA) sont essentielles à la sécurité alimentaire, à la biodiversité et à l’adaptation aux changements climatiques. Au printemps 2025, la FAO publiait son troisième rapport sur l’état des RPGAA dans le monde. Ce rapport livre une analyse complète de la situation et propose trois approches complémentaires pour préserver ces ressources.
- Conservation in situ. Conservation des parentes sauvages des plantes cultivées, ou CWR (pour Crop Wild Relatives), et des plantes sauvages comestibles dans leurs habitats naturels. La superficie des espaces protégés a augmenté à l’échelle planétaire, mais seule une petite partie de ces terres bénéficie de plans de gestion spécifiques aux CWR. Le dérèglement climatique et la destruction des habitats sont les plus grands obstacles à cette conservation in situ.
- Conservation dans des collections. Les collections rassemblent aujourd’hui plus de 5,9 millions d’origines dans le monde. Cette ressource n’est pas conservée en un lieu unique. Par mesure de précaution, les exemplaires d’une même origine sont de plus en plus souvent stockés en deux endroits différents, si ce n’est plus. Toutefois, la documentation s’avère encore lacunaire.
- Conservation des RPGAA par les usages. À ce niveau, des progrès ont été faits. Le développement et la commercialisation des variétés locales ou des espèces peu cultivées augmentent dans le monde et des modes de culture plus diversifiés sont encouragés. Toutefois, les coûts, le manque de données sur les caractères spécifiques et un contexte politique souvent défavorable freinent le développement de ces pratiques.
Ces douze dernières années, l’intérêt de l’opinion publique pour l’importance des RPGAA a également augmenté. La diffusion du savoir se fait notamment grâce à la contribution des agricultrices et agriculteurs, des communautés indigènes et locales et à l’utilisation de plateformes numériques.
Divers réseaux internationaux favorisent les échanges entre les spécialistes et professionnels. Beaucoup de pays se sont dotés de stratégies dans le domaine de la biodiversité, mais les stratégies spécifiques aux RPGAA font souvent défaut. Les stratégies nationales sont pourtant d’une importance capitale pour la conservation et l’utilisation durable de ces ressources.

Le plan d'action national bien note
La Suisse dispose d’un plan d’action national pour les RPGAA depuis 1999 : le PAN-RPGAA. Ce plan d’action assure la conservation des RPGAA menacées, pour lesquelles la Suisse assume une responsabilité patrimoniale particulière, et encourage une utilisation durable de ces ressources.
Après 25 ans de mise en oeuvre du PAN-RPGAA, la Confédération a fait évaluer l’efficacité de ses instruments en externe. L’évaluation a indiqué que les moyens investis dans le plan d’action avaient été employés efficacement. La collaboration avec les acteurs privés et les ONG, encadrée par un partenariat public-privé, a fortement contribué à cette efficacité à travers leurs propres prestations et le bénévolat.
La banque de gènes nationale RPGAA est une source importante d’approvisionnement en ressources génétiques pour la Suisse. Le nombre et la diversité de ses accessions sont jugés bons à excellents. Toutefois, des lacunes ont été ponctuellement identifiées, notamment au niveau des parentes sauvages des plantes cultivées. Or, l’enregistrement des caractéristiques des accessions est primordial pour le développement futur et l’utilisation durable des cultures.
En matière d’utilisation durable, il s’avère que le jardinage amateur et les exploitations pratiquant la vente directe utilisent une grande diversité de végétaux. On dispose cependant de très peu de données quantitatives sur la multiplication, les surfaces de culture et la vente des variétés anciennes. Le catalogue des variétés de niche est considéré comme un bon instrument d’accès aux marchés. Les systèmes à points de Bio Suisse et d’IP-Suisse incitent également à la culture des variétés anciennes, surtout d’arbres fruitiers haute-tige.
Les mesures du PAN-RPGAA atteignent surtout les particuliers à travers les projets de sensibilisation, les marchés de plantons et les expositions. La population connaît certaines variétés anciennes et quelques organisations conservatoires, mais ne dispose pas de connaissances approfondies en matière de biodiversité agricole. Le commerce de détail a beau affirmer sa volonté de contribuer à la diversité variétale et, par ce biais, à une alimentation variée, il ne propose quasiment à la vente que des variétés normées (en qualité et en quantité), arguant de la nécessité de répondre aux attentes de la clientèle.

Recommandations pour le futur développement du plan d'action
L’évaluation formule les recommandations suivantes pour le futur développement du PAN-RPGAA :
- Élaborer un système de monitoring.
- Promouvoir les cultures riches en protéines.
- Renforcer la conservation et l’utilisation durable des CWR.
- Améliorer la description des accessions.
- Développer la collaboration internationale.
- Encourager les essais avec des variétés dans des conditions environnementales modifiées.
- Encourager l’autonomie financière des projets.
- Rallonger les périodes de soutien.
- Renforcer l’implication des agricultrices, agriculteurs,
- conseillères et conseillers.
- Renforcer la place de la biodiversité agricole dans la Stratégie Biodiversité.
Dans l’ensemble, le rapport de la FAO comme le rapport d’évaluation du plan d’action national montrent que les RPGAA jouent un rôle central pour l’avenir de l’alimentation. Les lacunes soulignées et les recommandations émises dans les deux rapports ont été analysées par l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG). Beaucoup des aspects évoqués sont repris dans les axes définis pour la prochaine phase du plan d’action national. Ces priorités serviront d’orientation pour l’élaboration des projets soumis. De cette façon, un maximum de lacunes devraient être comblées dans la phase à venir.
La nouvelle phase de quatre ans du plan d’action national RPGAA débutera en 2027. Les projets peuvent être soumis jusqu’au 31 mai 2026.
Christina Kägi et Christian Eigenmann sont responsables du PAN-RPGAA à l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG).
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